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Avoir vingt ans, être belle, douée, engagée par le Monsieur qui va bouleverser l'horizon théâtral, protégée par l'éditeur parisien en vogue..., tel est le sort réservé à Valentine Tessier après son insuccès au Conservatoire. Jacques Copeau, en 1913 et 1914, au Vieux-Colombier, ne peut, en toute honnêteté, lui confier que des rôles de premier plan, faveur qui, de 1917 à 1919, à New York, prend la dimension d'une course de fond entre les meilleurs dramaturges français et quelques étrangers.
Le retour au bercail, en 1920, est un éblouissement, notamment dans Le Carrosse du Saint-Sacrement et La Surprise de l'amour. En 1924, elle rejoint Jouvet, d'abord "en représentations", car le Boulevard la réclame : elle y crée notamment La Femme en fleur, de Denys Amiel - puis, de 1928 à 1933, en permanence. C'est l'époque où Giraudoux et Achard lui offrent la Geneviève de Siegfried (1928), Marceline de Jean de la Lune (1929), Alcmène d'Amphitryon 38 (1929), Laurette de Domino (1932), Isabelle d'Intermezzo (1933)... En 1934, Valentine, pour les caméras de Jean Renoir, devient Madame Bovary. L'insatisfaite Emma sera son seul personnage important incarné pour le cinéma.
Après Renoir, il y a bien Gance, Duvivier, Decoin, Cayatte, Delannoy, mais aussi quelques tâcherons et, toujours, des rôles secondaires. Cependant, Renoir la retrouve, en 1954, dans French Cancan, Brialy lui tresse un film-hommage en 1971, Églantine, et Berlanga la montre en mère abusive dans Grandeur nature, en 1973, avec Piccoli. Mais c'est le théâtre qui lui offre ses meilleurs moments: Lucienne et le boucher (1948), Madame Filoumé (1949), Chéri (1952), La Visite de la vieille dame (1961). En 1974 et 1975, malgré les handicaps de la surdité et de l'arthrose, elle veut servir une dernière fois son art, dans une tournée de Ne coupez pas mes arbres, de Marc-Gilbert Sauvajon.
La toute-femme :
Colette définit Valentine Tessier: " La parfaite, la succulente, la toute-femme... " Il faut évoquer aussi une totale innocence intellectuelle qui lui permet de transmettre les textes avec la fraîcheur de qui découvre et s'émerveille humblement, comme une femme du peuple que ses fréquentations ennoblissent, sans même qu'elle s'en rende compte.
Sa vitalité s'exprime par une gaieté permanente, aussi naturelle que ses ondes de mélancolie. Coquette de naissance, coquine sans affectation, elle a, jusqu'à la fin de sa carrière et de sa vie, manifesté la plus généreuse des séductions, même lorsqu'elle jouait la " vieille dame" de Dürrenmatt, avec ses toilettes extravagantes et son masque crayeux où se plantaient d'énormes cigares.
Source : André Sallée "Les Acteurs Français. - Fait le 18 novembre 2010 par Philippe de CinéMémorial.
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