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Elle a peine vingt ans lorsque, devant son domicile rue Visconti, Silvia est remarquée par Robert Bresson qui lui propose d'être son interprète à l'écran. Son jeu est si percutant qu'aussitôt le milieu du cinéma s'intéresse à cette jeune fille talentueuse. Après une dizaine de films, elle se tourne vers la scène. C'est au côté de son mari, le dramaturge Maurice Clavel, qu'elle commence à se passionner pour le théâtre d'avant-garde. Elle incarne Garcia Lorca, Ugo Betti, travaille avec Jean Vilar, joue Sartre, Anouilh et les classiques. Devenue directrice du Carré Thorigny, elle y monte des pièces parfois difficiles mais toujours enthousiasmantes. En tant que romancière, elle a signé plusieurs ouvrages comme Il ne m'arrivera rien, Aimer qui vous aime, Le droit chemin et L'amble. Elle s'éteint d'un cancer du poumon à Paris, à 68 ans.
Lettres à Pierre :
C'était au temps où les êtres qui s'aimaient s'écrivaient vraiment, en français, pas en phonétique... Les cellulaires n'existaient pas... Silvia Monfort, elle, existait vraiment... plus encore à travers le prisme magique de l'amour qui illumine cette correspondance qui allait durer 28 ans avec son compagnon qui deviendrait son époux Pierre Gruneberg : profession : "maître-nageur", je vous vois sourire, prisonniers d'un cliché (un de plus !). Un maître-nageur, fusse-t-il bel homme, peut aussi être intelligent. La preuve... On imagine mal Silvia Monfort faisant partager à un être qui serait superficiel, à travers plus de 1700 lettres, et durant un quart de siècle, la passion de son art : le théâtre dans ce qu'il avait de plus noble...
Un amour, que les années, et l'éloignement a rendu plus intense, plus vrai, un amour transcendé par les mots. Cette correspondace amoureuse superbe est aussi un témoignage, celui d'une de nos plus grandes actrices qui s'est battue pour que vive le grand théâtre classique et les auteurs contemporains, en leur temps d'avant-garde... Le monde artistique, politique, culturel, habite ces lettres qui se devaient d'être publiées. L'écrivain François Nourissier de l'Académie Goncourt en a été le premier convaincu, ami de l'actrice, il signe la préface de l'ouvrage. La femme engagée qui a participé à la Libération de Chartres au côté de Maurice Clavel, décorée par le Général de Gaulle et par le Général Patton, la femme de culture éprise de Sophocle, Racine, mais aussi de Lorca, de Cocteau, l'Electre, la Phèdre inoubliable et inimitable, le sphinx de "La machine Infernale" revivent au fil de lettres d'amour. Le "Carré Silvia Monfort", le "Carré Thorigny", La saison sous le Chapiteau des Gruss au Jardin d'Acclimatation, revivent eux aussi, son dernier combat : contre la maladie, est évoqué avec une extrème pudeur...
C'était au temps où les gens qui s'aimaient s'écrivaient en prenant le temps de se le dire avec de vrais mots dans cette belle langue française qui se meurt : faute d'amour et... de combattants !
Silvia Monfort : "Lettres à Pierre" (1965-1991) réunies par Danielle Netter. (Ed. du Rocher)
Source : Viviane Le Ray - Mise à jour le 23 janvier 2011 par Philippe de CinéMémorial. |