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Hommage à PIERRE FRESNAY dans un extrait de "MARIUS"
Ajout de la vidéo le 20 octobre 2008 par Philippe de CinéMémorial.
Pour le théâtre et le cinéma, le 9 janvier 1975 fut un jour noir : celui où on apprit la mort de Pierre Fresnay. Un grand comédien, un non moins grand monsieur, un vrai gentleman, si on préfère. Il fut de longues années durant le compagnon d'Yvonne Printemps, grand scandale parce que ravie à Sacha Guitry, deuxième épouse du Maître. Mais il n'est pas interdit de penser que sa plus chère maîtresse fut le théâtre. C'est du moins ce dont il eut convenu s'il n'avait été le plus discret, le plus pudique des hommes, toute sa vie durant.
Il fit beaucoup de films aussi, d'excellents, de moins bons, admiré pour son intelligence, sa finesse, son sens de nuances. Pourquoi sa carrière cinématographique fut-elle brusquement interrompue en 1960, après " Les Vieux de la Vieille "? Ce sont des choses qui arrivent dans un milieu où, pour des raisons qu'il n'est pas toujours possible de définir, on tombe soudain de son piédestal avec un bruit sourd. Ce comédien racé avait encore tant à offrir au public pourtant! La défection des producteurs à son égard restera à jamais une énigme.
II y a bien des années, alors qu'il travaillait pourtant d'arrache-pied pour l'écran, il avait un jour déclaré : " Le cinéma en étant arrivé à un degré de perfection technique rare, il me parait absurde de le voir s'enfoncer un peu plus chaque jour dans la médiocrité. Un scénario doit être choisi avec le même soin qu'une pièce de théâtre. Non qu'il doive être conçu selon les mêmes critères, mais on n'a pas le droit de servir à des spectateurs avertis une telle abondance d'inepties. Un comédien de théâtre qui accepte de tourner un scénario ne lui convenant pas, parce que le cachet est supérieur à celui qu'il touche à la scène, est un artiste qui se perd et qui, en même temps, fait du tort au Septième Art... ".
Que dirait-il s'il voyait ce que celui-ci est devenu, moyen d'expression pleine de compromissions peu glorieuses ! Si Pierre Fresnay, durant ses dernières années d'activité, s'est borné à faire du théâtre, aussi de la télévision, c'est parce qu'il n'a été tenté par aucun des sujets qui lui étaient proposés. Il n'a jamais été aux aguets d'un succès facile. Son intégrité artistique est demeurée solidement établie en permanence. Un vrai passionné de son métier - tous les grands de la profession le sont - qui a donné l'impression, mais elle était fausse, d'un homme qui aime garder ses distances,
armé d'une certaine morgue.
C'est souvent la réaction de ceux qui sont de taille dite médiocre et Pierre Fresnay - vrai nom : Pierre, Jules, Louis Laudenbach, né à Paris le 4 avril 1897 - ne mesurait, paraît-il, que 1 m 66, ce qui est petit pour un comédien surtout quand existe le risque d'être opposé à des partenaires qui ont tendance à le dominer. Il aurait pu, comme certains autres dans son cas, avoir recours à des subterfuges, à de hauts talons, par exemple. Mais truquer ne fut jamais dans ses attributions. Et, à le voir sur une scène, où il n'y a pas moyen de jeter du poivre aux yeux, on oubliait vite qu'il penchait plutôt vers David que vers Goliath. Le rideau levé, il ne cessait de grandir tant était subtil son art, brillante son intelligence, impressionnante sa maîtrise. Pas cabot pour un sou, Pierre Fresnay ! Et comme sa vaste culture transparaissait, il fit du cinéma muet, n'en tirant jamais gloire, s'en excusant presque : c'était pour vivre et il était comédien débutant. Il disait quand on faisait allusion à cette époque : " Motus : ce fut le côté infamant de ma carrière! ".
Quand naquit le parlant, ce fut autre chose. Le verbe, il le pratiquait à la scène et superlativement, ne se sentant nullement dépaysé face aux micros. " Mais, hormis les films de Marcel Pagnol, ce que j'ai pu être exécrable au début, avouait-il. Il aura vraiment fallu " La Grande illusion " pour que je m'installe dans le cinéma avec respect. Dire que ce rôle était destiné à Louis Jouvet au départ, mais il se fit qu'il n'était pas libre ! Je ne fus donc qu'un second choix : sans importance aucune! Ce qui a compté, c'est qu'on me permit d'incarner un vraiment merveilleux personnage. Il y eut, dès le début de telles affinités entre nous, que la compréhension et le travail s'en trouvèrent grandement facilités... ".
Il avait 19 ans quand il entra à la Comédie-Française tout en continuant à suivre les cours du Conservatoire. Pendant deux ans, il fut un des plus brillants jeunes premiers de la Maison de Molière. Il venait à peine d'épouser une grande comédienne, Rachel Berendt, lorsqu'il fut mobilisé en 1917. Cette union se défit deux ans après. Réintégrant la Comédie-Française, il y resta jusqu'en 1926, démissionnant en guise de protestation contre ce qu'il considérait une trop grande ingérence des politiciens dans ce vénérable théâtre. Cela fit beaucoup de bruit à l'époque, il y eut même procès. Pierre Fresnay à de tout temps été un idéaliste. Un deuxième intermède matrimonial, avec la comédienne Berthe Bovy cette fois, dura plus longtemps que le premier : de 1923 à 1929. Et alors entra en scène celle qui fut son Printemps et se prénommait Yvonne. Il n'a jamais aimé parler de sa vie privée, c'est un fait, mais comment la passer sous silence? En jouant " Frans Hans ou l'Amitié ", de et avec Sacha Guitry, il fit la connaissance d'Yvonne. La camaraderie se transforma rapidement en grand amour. Et Sacha, qui a si étonnement, si spirituellement aussi, raillé les problèmes du couple dans son théâtre, vécut soudain un drame réel, forcé d'abdiquer devant un rival qui lui enleva celle pour qui il avait écrit quelques unes de ses plus séduisantes comédies. Celle-ci, en forme de vaudeville, était heureusement jouée par des gens du monde.
La carrière théâtrale de Pierre Fresnay ne cessa d'être impressionnante : beaucoup de grandes pièces dont certaines jouées - en anglais - à Londres et à New York. C'est pendant un des séjours dans la capitale britannique qu'Alfred Hitchcock fit appel à lui pour sa première version de " L'Homme qui en savait trop ". S'il l'avait voulu, il aurait pu faire là-bas une grande carrière mais l'appel de Paris fut le plus fort, son cœur trop profondément ancré dans la culture française. C'est ainsi qu'il devait continuer à travailler exclusivement " chez lui ".
Des dizaines d'autres films, d'autres pièces, dont le désormais célèbre " Neveu de Rameau ", un des plus grands triomphes de sa maturité,
et " Lawrence d'Arabie ". À deux reprises, en scène, la première fois en 1965, il fut pris de malaise. Quelque temps après, il dut subir l'ablation de la vésicule biliaire et il en résulta une infidélité momentanée au théâtre. Il participa à quelques excellentes dramatiques à la TV. Un riche et impressionnant bilan ! À la ville, il fut, nous l'avons dit, un modèle de discrétion. Très peu pour lui, les sensationnelles manchettes à la une des journaux ! Il n'en fut que plus cher au cœur de ceux qui aiment que les comédiens qu'ils admirent répondent en tous points à un certain idéal.
Source : C.T.R. - Fait le 20 octobre 2008 par Philippe de CinéMémorial.
RÉCOMPENSE :
1947 - Pour : MONSIEUR VINCENT - Coupe Volpi - Meilleur acteur - Mostra Internationale d'Art Cinématographique, Venise, Italie.
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