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Hommage à PIERRE BRASSEUR, dans un extrait "Le bateau d'émile"
Fait le 04 novembre 2007 par Philippe de cinéMémorial.com
Élève au conservatoire, puis d'Harry Baur, il débute sur scène dès l'âge de dix-huit ans dans un répertoire boulevardier (É. Bourdet, J. Natanson, etc.) et restera fidèle au théâtre toute sa vie, écrivant lui-même (et jouant) des pièces qui n'ont guère laissé de souvenirs; après la guerre, il passera à un registre plus sérieux avec la Compagnie Renaud-Barrault. Il vient au cinéma en 1924 et paraîtra dans quelque 80 filins, dont la plupart sont dénués d'intérêt mais où ses prestations correspondent à ce qu'il jouait au théâtre et répondent donc à l'image de marque qui était la sienne : il a été trop souvent cantonné par les habitudes routinières de la production cinématographique.
S'il fallait choisir un seul de ses personnages pour le définir, ce serait à coup sûr celui de Frédéric Lemaître dans les Enfants du paradis : incarnant le célèbre comédien, il peut laisser libre cours à son exubérance et exploiter au mieux la double dimension ludique que lui offre le personnage, se servant de Frédéric Lemaître pour déployer son talent.
Mais avant de parvenir à ce sommet, il devra parcourir un long calvaire commercial car, entre son apparition dans la Fille de l'eau de Jean Renoir, en 1924 et son premier grand rôle, celui de Quai des brumes de Marcel Carné, en 1938, s'accumulent quarante films, dont quelques titres suffisent à suggérer le niveau et le propos : Papa sans le savoir d'Yves Mirande, en 1932, le Sexe faible de Robert Siodmak, en 1933, la Garnison amoureuse de Max de Vattcorbeil, en 1934, Prête-moi ta femme de Maurice Carnmage, en 1937, Claudine à l'école de Serge de Poligny, en 1938.
Mais aussi un tout petit nombre d'œuvres qui ont une certaine réputation : Feu! (J. de Baroncelli, 1927), Un oiseau rare de Richard Pottier, en 1935 et l'excellent petit film de Marcel Pagnol, le Schpountz, en 1938.
La plupart de ces films étant quelque peu tombés dans l'oubli, on en est réduit aux suppositions quant à la valeur des prestations du comédien rien ne permet de penser qu'elles sont indignes de lui, mais la surprise n'en est évidemment que plus forte lorsqu'on le découvre soudain, pâle voyou, dans Quai des brumes. Cinq ans plus tard, avec Lumière d'été de Grémillon, en 1943, c'est un attire Pierre Brasseur qu'on découvre clans le rôle d'un peintre un peu fou qui décore l'intérieur des placards, anime l'action de ses excentricités et se trouve le témoin fasciné de l'écroulement d'un microcosme symbolique. Cette veine farfelue, on la retrouve, mais moins sous-tendue par le tragique, dans cieux petits chefs-d'œuvre burlesques, Adieu, Léonard de Pierre Prévert, en 1943 et l'Arche de Noé d'Henry Jacques, en 1947 : elle fait partie de la plupart des personnages de Brasseur, dont on peut dire qu'il ne s'est jamais pris au sérieux.
Mais le meilleur de lui-même, c'est clans les Enfants chi paradis de Marcel Carné, en 1945, qu'il le donnera, se haussant au rang des monstres sacrés par la puissance de son jeu tout autant que par la verve de son esprit, littéralement porté, comme ses camarades, par le talent conjugué des auteurs de cet admirable film, Prévert et Carné. Parmi les films intéressants qui jalonnent encore les quelque trente ans de carrière qui suivent : le Pays sans étoiles de Georges Lacombe, en 1945, les Portes de la nuit de Marcel Carné, en 1946, Petrus de Marc Allégret, les Amants de Vérone d'André Cayatte, en 1949, Porte des Lilas de (René Clair, en 1957 et la Plus Belle Soirée de ma vie d'(Ettore Scola, en 1972, son dernier filin.
Avec la maturité est peu à peu apparue en pleine lumière une des composantes, jusqu'alors plus ou moins voilée, du comédien à travers ses personnages : le satanisme. Ce n'est pas un hasard s'il est Barbe-Bleue dans le film de Christian-Jaque, en 1951 et l'inquiétant chirurgien dans Yeux sans visage, de Georges Franju, en 1960 et le redoutable seigneur de Goto, dans l'île d'amour de Borosvczyk, en 1969 : avec l'âge, il a pris de la rondeur et de la puissance, et la petite gouape de Quai des Brumes a engendré l'amant jaloux des Portes de la nuit avant de déboucher sur les rôles de méchant, dans lesquels il semble être plus ou moins étiqueté à la fin de sa carrière. Étrange destinée (mais qui été celle aussi de Jules Berry). comme si le degré extrême de l'extraversion était le signe d'un pouvoir de domination sur le communs des mortels, comme si la malédiction qui a pesé sur les comédiens pendant des siècles était la rançon d'une quelconque possession diabolique.
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