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Hommage à PAUL FRANKEUR, dans un extrait de "ARCHIMÈDE LE CLOCHARD"
Fait le 21 avril 2008
Dernière mise à jour le 20 octobre 2008 par Philippe de Cinémémorial.
C'est à Paris, en 1905, que naquit Paul Frankeur. Il passa toute sa jeunesse dans le 14e arrondissement, rue Brézin. Sa mère, une blanchisseuse, avait l'habitude de recueillir chez elle tous les déserteurs qu'elle pouvait rencontrer, et cette atmosphère « anarchiste » ne fut pas sans influencer le jeune Paul. C'est donc logiquement qu'il quitta l'école très tôt pour exercer plusieurs métiers : ouvrier du cuir, conducteur de triporteur, terrassier, colporteur d'encyclopédies, etc. Mais, bien entendu, il n'était pas fait pour ce type de métier. Son refus de toute autorité et de la stabilité dans ce qu'elle peut avoir de sclérosant, le poussait à toujours changer, à faire autre chose, quoi que ce fût. Paul fréquentait alors, dans les années trente, un Saint-Germain-des-Prés déjà riche en intellectuels et « marginaux ». Il s'y sentait comme un poisson dans l'eau et c'est là qu'il eut l'occasion de se lier à Jacques Prévert et au groupe Octobre. Mais, si cette vie était fort agréable, elle ne lui donnait pas de quoi vivre...
C'est alors qu'il rencontra Yves Deniaud, avec qui il créa un numéro – « Les Duettistes barbus » – au cabaret d'Agnès Capri. Ce furent là ses premiers pas sur les planches et très rapidement, il se rendit compte qu'il avait enfin trouvé sa voie. Il continua à faire un peu de théâtre et de music-hall et deux ans plus tard, en 1941, Louis Daquin lui offrit son premier rôle au cinéma dans Nous les gosses. Il interprétait un secrétaire de commissariat et, bien que ce rôle fût intime, il fut tout de même remarqué par un critique. Malheureusement, ce dernier avait le double défaut d'être. collaborateur (nous sommes en 1941) et antisémite ! Il désirait engager Paul pour des films à forte coloration propagandiste et raciste. Inutile de préciser que l'accord ne se fit pas !.
Cela n'empêcha pas la carrière de Paul Frankeur de se poursuivre. Cinq films en 1942, dont Le Voyageur de la Toussaint, de Louis Daquin et La Nuit fantastique, de Marcel L'Herbier. Deux films en 1943. Un film en 1944: Les Enfants du Paradis, de Marcel Carné, dans lequel il incarnait un inspecteur de police (rôle qu'il eut souvent l'occasion de reprendre). Six films en 1945 dont Jéricho, d'Henri Calef.
Il était maintenant lancé et il n'allait plus arrêter de tourner. En tout, plus de quatre-vingts films en trente-trois ans de métier, ce qui constitue un riche palmarès. Son talent, son désir de toujours se renouveler, lui ont permis d'interpréter des rôles très variés : journaliste, commissaire, coiffeur, résistant, bourgeois, palefrenier, maire, patron de bistrot, forain (qu'il fut d'ailleurs réellement au cours de sa vie), etc.
Et pourtant, ce ne fut pas toujours facile pour lui. Comme le lui disait Pierre Laroche : « Mon vieux, tu es drôlement difficile à placer. Quand je te propose pour un rôle, on me répond : "Oh ! la la ! Paul Frankeur, mais c'est un rouge !". Ce qui n'était pas tout à fait vrai. Paul était trop indépendant, trop provocateur pour être "rouge". N'est-ce pas lui qui, très jeune, écrivit dans le journal L'En-Dehors un essai sur l'inceste ? Il y prêchait l'amour libre bien avant les années soixante, et déclarait tout simplement qu'une mère devait apprendre à faire l'amour à son fils bien avant Le Souffle au coeur ! De tels propos, qui passeraient encore très mal de nos jours, ne furent pas acceptés à l'époque et contribuèrent à créer la légende de "Paul Frankeur-le-Rouge", "Paul Frankeur-le-Provocateur" ou, disons le franchement, "Paul Frankeur-le-Fouteur de m..." ! »
Tout cela ne l'empêcha pas de continuer à jouer. De nombreux metteurs en scène avaient su reconnaître son talent et « faire la part du feu ». Paul fut l'un des rares acteurs professionnels qui joua sous la direction de Jacques Tati. Il eut également l'occasion de tourner sous la direction de réalisateurs aussi importants que René Clément (Le Père tranquille), Marcel Carné (Thérèse Raquin), Jacques Becker (Touchez pas au grisbi), Julien Duvivier (Marie-Octobre), où il fit l'une de ses plus belles compositions, etc. Henri Decoin, André Cayatte, Jean Dréville, Gilles Grangier (avec qui il tourna huit films) firent régulièrement appel à lui pour incarner ces personnages extraordinaires dont il avait le secret.
Sa renommée dépassa même le cadre de l'Hexagone et il tourna quelques films à l'étranger, entre autres La viaccia sous la direction du très grand Mauro Bolognini.
Dans l'interview qu'il accorda à Guy Tesseire en 1972, Paul Frankeur citait son ami René Lefèvre qui déclarait : « Ma parole, ils ne font plus de films qu'avec des orphelins... Ils n'ont plus de père, plus d'oncles, plus de grands-pères... Du coup, nous voilà au piquet ! ». S'il est malheureusement exact que pour beaucoup de seconds rôles, surtout féminins, les emplois se raréfient passé la cinquantaine, il n'en fut pas de même pour Paul qui put continuer à tourner avec de grands metteurs en scène jusqu'à la fm de sa vie.
En 1966, il joua un rôle très intéressant dans La Longue Marche, d'Alexandre Astruc. Puis, en 1968, ce fut La Voie lactée et la rencontre avec Luis Bunuel. Paul Frankeur déclara un jour, en substance : « Un comédien, c'est : "On sonne et je monte.,." Quand c'est un grand monsieur comme Bunuel qui tire le cordon, ça fait toujours bien plaisir. » Il eut l'occasion de tourner deux autres films sous la direction de ce grand cinéaste : Le Charme discret de la bourgeoisie, en 1972, et Le Fantôme de la liberté, en 1974, qui fut son dernier rôle.
Paul Frankeur fut en effet terrassé par une crise cardiaque, le 27 octobre 1974. Sa carrière fut riche et, en général, de très bonne qualité. Il nous restera de lui le souvenir d'un excellent acteur de composition, à très forte personnalité, un peu « anar » – dans le sens où il ne suivait pas toujours le chemin de M. Tout-le-monde – et bourré de talent. Le souvenir d'un vrai «saltimbanque », dans le plus noble sens de ce terme.
Source : Didier Thouart et Jacques Mazeau. les grands seconds roles du cinéma français.
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