|
Hommage à NOËL ROQUEVERT dans un extrair de "Un singe en hiver"
Fait le 26 mai 2008
Dernière mise à jour le 20 octobre 2008 par Philippe de CinéMémorial.
Noël Roquevert, de son véritable nom Noël Bénévent, est né à Doué-la-Fontaine, Maine-et-Loire, le 18 décembre 1892. Son père, acteur, lui donna très tôt le goût du théâtre. A cinq ans, il joua déjà au cours de tournées, entre autres dans Les Deux Gosses. Après ses études, et son service militaire qui, coïncidant avec ',1a Première Guerre mondiale, dura sept ans !, Noël reprit le chemin du théâtre. Il joua dans d'innombrables pièces aussi bien en province qu'à l'étranger. Mais, très vite, il se rendit compte que la célébrité ne pouvait s'acquérir que dans la capitale et il décida de " monter " à Paris. C'est ainsi que le public eut l'occasion de le voir chanter dans des opérettes aux Bouffes, Parisiens (Normandie, etc.), puis jouer dans de nombreux 1vaudevilles au Palais Royal.
Parallèlement, Noël avait entamé une carrière cinématographique. Outre Les trois mousquetaires, qu'il tourna en 1922, sous la direction de Max Linder, il interpréta de très nombreux rôles, entre autres dans Cartouche, de Jacques Daroy (on le reverra, vingt-sept ans plus tard, dans la nouvelle version de ce film, réalisée par Philippe de Broca), La Bandera, de Julien Duvivier, Tarass Boulba, d'Alexis Granowski, La Porte du large, de Marcel l'Herbier, Marthe Richard au service de la France, de Raymond Bernard, Entrée des artistes, de Marc Allégret, etc. Au total, dix-huit films avant la Seconde Guerre mondiale. Soit à peine 10 % de sa carrière.
Alors qu'il jouait une pièce de théâtre, il fut remarqué par trois spectateurs : Henri-Georges Clouzot, Jacques Becker. et André Cayatte. Clouzot fut le premier à l'engager et c'est à partir de 1942, et de L'assassin habite au 21, que Noël Roquevert se vit offrir des rôles plus importants. Il avait su se créer une personnalité, une " gueule ", et les metteurs en scène sollicitèrent beaucoup cet acteur nerveux, à la voix saccadée, au visage et aux yeux mobiles. Son style coupant et son allure hautaine de " militaire à la retraite " surent plaire au public. Durant la guerre, Noël eut l'occasion de tourner avec d'excellents metteurs en scène : Sacha Guitry (Le Destin fabuleux de Désirée Clary), Jacques Becker (Dernier Atout), Maurice Tourneur (La Main du diable, où il réalisa une surprenante composition), Henri-Georges Clouzot à nouveau (Le Corbeau) ou André Cayatte (Pierre et Jean et Le Dernier Sou).
Devenu célèbre, aussi demandé par les réalisateurs que par les spectateurs, Noël n'allait plus cesser de jouer. Il fut même l'un des rares seconds rôles français à pouvoir tourner dix, douze, voire quatorze films par an dans les années cinquante-soixante ! Il y eut bien sur beaucoup de mauvais films... On ne tourne pas " impunément " cent quatre-vingt-un films ! On peut toutefois retenir Antoine et Antoinette, de Jacques Becker, en 1947, où Noël sut interpréter à la perfection un ignoble petit commerçant, Fanfan la Tulipe, de Christian-Jaque, en 1951, qui reste sans doute le film le plus célèbre de Noël Roquevert et dans lequel il fit l'une de ses plus belles compositions, Les Diaboliques, de Clouzot, en 1954, Marie-Octobre, de Julien Duvivier, en 1959, Un singe en hiver, d'Henri Verneuil, en 1962, dans lequel Noël Roquevert, en total contre-emploi, s'était fait une extraordinaire tête " à la Landru ". (Coïncidence ? Le Landru, de Claude Chabrol, sortit sur les écrans la même année. Et, si Charles Denner sut remarquablement tenir le rôle du " Sieur de Gambais ", on peut rêver à la façon dont Noël Roquevert, dirigé par Clouzot, par exemple ( !), aurait interprété ce personnage...).
Vers 1965, Noël fut victime d'un infarctus et cela changea considérablement sa carrière : il dut ralentir son activité et il se consacra plus à la chasse, sa seconde passion, qu'au cinéma. De 1965 à 1969, on ne le vit plus que dans deux ou trois films par an, puis à partir de 1970, dans un seul film par an. De cette période, nous ne garderons guère de souvenirs, exception faite du Viager, de Pierre Tchernia, sa dernière apparition à l'écran.
Le 6 novembre 1973, Noël Roquevert mourait, terrassé par une crise cardiaque.
Cet homme attachant, discret, connaissait tous les secrets du métier. Il avait tout fait : music-hall, théâtre (dont les tournées Baret, pendant plus de vingt années), opérette, cinéma, télévision entre autres, les très intéressant Fauteuil hanté, en 1970). Il a su promener sa silhouette dans 181 films et, bien que sa carrière cinématographique fût, à une dizaine de films près, sans grand éclat, il a créé un personnage une " gueule " inoubliable... Et, s'il reste avant tout, et pour tous les spectateurs, l'extraordinaire Fier-à-Bras de Fanfan la Tulipe, il faut se souvenir qu'il fut également l'un des grands interprètes de Clouzot et c'est sans doute sous la direction de ce dernier qu'il réussit à montrer tout son talent, qui était immense. Car Noël Roquevert faisait en effet partie de ces rares acteurs qui savaient dépasser un scénario, qui savaient rendre leurs personnages crédibles et donner un peu d'étoffe à la platitude des rôles qui leur étaient trop souvent confiés. Sacha Guitry ne disait-il pas, à son sujet : " (C'est) un comédien-né, véridique, sensible, direct, sans défaut.
Quel acteur peut souhaiter plus grand hommage ?
|