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Jeannot est né le 13 décembre 1913 à 13 heures. Son père le gifla parce qu'à l'âge de 4 ans il montait à cheval sur un saint-bernard. Cette gifle décida sa mère à partir avec ses deux fils. Jeannot n'a jamais revu son père.» Ainsi commence le portrait subjectif (1) rédigé par Jean Cocteau au début des années 50 en l'honneur de son compagnon pour l'éternité, Jean Marais, que le poète ne cessera jamais d'appeler Jeannot. De cette mère, Jean Marais mettra beaucoup de temps avant d'oser en dire plus. Un peu mythomane, sans doute, menteuse professionnelle, c'est certain, elle a connu un certain nombre de petits ennuis judiciaires pour, au minimum, grivèlerie. La voir en prison a certes été pour Jean Marais une épreuve décisive : il devait faire en sorte qu'elle n'ait jamais plus besoin d'agir ainsi. Mais l'influence de la personnalité de sa mère sur Marais dépasse probablement cette anecdote : «Elle jouait tout le temps à être autre : j'ai eu de faux oncles, de fausses adresses, de faux noms. Peut-être même un faux père!» De quoi forger un caractère d'acteur, sinon une morale : «Je n'ai aucune morale, sauf la mienne et elle me guide», déclarait il y a encore peu Jean Marais, qui aimait aussi affirmer : «Je me fous de la postérité!» Nous voilà prévenus.
Cette mère pratiquait aussi l'amour âpre : «Enfant, elle me disait toujours que j'étais laid. Moi, je ne me trouvais quand même pas si moche que ça, mais, depuis, sans doute à cause d'elle, je ne me suis jamais trouvé beau non plus», avouait, à 80 ans passés, celui qui était né sous le nom de Jean Alfred Villain-Marais.
Figurant dans «Œdipe Roi»
Avant de se décider pour l'art dramatique, Jean Marais fut aide photographe, copiste de cartes postales, et se rêvait peintre, passion qu'il allait retrouver sur le tard. Le réalisateur Marcel L'Herbier lui acheta par gentillesse une de ses premières toiles. Il lui proposa aussi ses premiers rôles : des apparitions dans l'Épervier et l'Aventurier (1933). Jean Marais suivit ensuite, à titre gracieux, les cours de théâtre de Charles Dullin. Son baptême des planches est une figuration muette dans Œdipe Roi, mis en scène par Jean Cocteau : «J'étais là à peu près par hasard. Les représentations étaient très houleuses, le public sifflait et moi je le fusillais du regard. Je lui tenais tête. Cocteau a remarqué mon courage et m'en sut gré. C'était en 1937 et cette rencontre a été pour moi une véritable seconde naissance.»
Sa notoriété explose pendant la guerre, avec l'incoulable Eternel Retour de Jean Delannoy (1943) qui allait faire son lit dans la mémoire collective française et s'épanouir jusque dans les soirées télé des années 60. Mais c'est avec la Belle et la Bête, d'une modernité poétique toujours ahurissante, que Cocteau et Marais inaugurent, en 1945, cette collaboration artistique et amoureuse qui, de l'Aigle à deux têtes (1947) aux Parents terribles (1948), puis d'Orphée (1949) en Testament d'Orphée (1960), constitue une aventure créatrice exemplaire et, pour l'époque, tout à fait unique.
Très habilement, mais peut-être sans calcul, Marais refuse néanmoins de se laisser enfermer dans une quelconque chapelle. Il passe des bras de Christian-Jacque (Carmen et Voyage sans espoir, tous deux en 1943) à ceux de Pierre Billon (Ruy Blas, 1947), puis d'Henri Calef (les Chouans, 1946) à René Clément (le Château de verre, 1950), sans jamais abandonner le théâtre.
Il rosse un collabo
Pendant la guerre, une mésaventure a beaucoup contribué à la notoriété de Jean Marais dans les rangs résistants. Il jouait Néron dans la Machine à écrire de Cocteau, pièce qui déplut à un critique influent de la presse collaborationniste, Alain Laubreaux, qui l'écrivit. Ce même Laubreaux attaqua violemment Marais au moment de son admission (à l'unanimité) à la Comédie-Française. Un soir, au restaurant, on dit à Marais qu'il venait de serrer la main de Laubreaux. Aussitôt, il lui cracha au visage, l'attendit dans la rue et le rossa. Cocteau lui conseilla de disparaître quelques temps. Un peu plus tard, Philippe Henriot, dans son éditorial politique de Radio Paris, accusa Jean Marais d'être «plus dangereux pour la France que les bombes anglaises», ce qui est un vrai compliment. Cette affaire fut plus tard reconstituée par François Truffaut dans le Dernier Métro.
On a souvent dit qu'après sa fraternité avec Cocteau, les rôles de Jean Marais déclinèrent, n'ayant été alors sollicité que par des réalisateurs qui, comparés à la grande pointure de Cocteau, paraissaient de toute petite taille. Certes, il n'est pas forcément nécessaire de mémoriser Typhon sur Nagasaki, de Yves Ciampi (1957), ni Goubbiah, de Robert Darene (1954). Mais ces légères erreurs n'effaceront pas que, tout au long des années 50, Marais va faire bonne figure aussi bien chez Renoir (Elena et les hommes, 1956) que chez Visconti (Nuits blanches, 1957) ou Guitry (Si Versailles m'était conté, 1953, où il campait un Louis XV tout en mollets).
Le bretteur jovial
Pourtant, c'est dans le registre du cinéma franchement populaire que Jean Marais va prendre son essor, tous ces films dits à performances sportives entrepris à un âge (40 ans) où, disait-il, les autres s'arrêtent. Tout commença en effet avec Ruy Blas (1947), officiellement sous la responsabilité de Pierre Billon mais toujours sous la haute surveillance de Cocteau, qui encourageait son Jeannot à exploiter sa nature sportive. «Je n'arrivais pas à faire certaines choses en répétitions que je réussissais au moment de la prise. Par exemple, je devais monter sur un cheval sans toucher les étriers. Au "moteur, partez", je me suis envolé et me suis retrouvé sur le cheval.» Jean Marais, en effet, après un tel bond, n'en finira plus de voler de cape en épée : du Comte de Monte-Cristo de Robert Vernay (version de 1953 qu'il faudrait projeter aux générations télé pour leur prouver qu'il y a une vie avant Depardieu), au Capitaine Fracasse de Pierre Gaspard-Huit (1958), en passant obligatoirement par les patrimoniaux le Bossu (1959) et le Capitan (1960), tous deux d'André Hunebelle, ou le Masque de fer de Henri Decoin (1962). Tous ces films font des triomphes colossaux, Marais y exultant dans la silhouette du bretteur jovial au sourire élégamment distancié. Autre filon populaire : la série des Fantomas, là encore vivement encouragée par Cocteau, incollable sur les romans d'Allain et de Souvestre. Autre titanesque succès qui doit aussi aux performances de Louis de Funès.
Mais le temps passe et Jean Marais a largement dépassé l'âge de traverser un salon Renaissance suspendu à un lustre et même celui de s'envoler au volant d'une DS. Commence alors, à partir de 1966, une période d'absences de plus en plus répétées. Mais Marais n'en concevait aucune amertume : «On ne me proposait plus que des films d'aventures. Le piège que j'avais voulu éviter toute ma carrière se refermait. J'ai commencé par refuser. Et puis on ne m'a plus rien proposé du tout.» Son seul regret? Ne pas avoir joué dans Mort à Venise de Visconti le rôle du professeur Aschenbach, finalement dévolu à Dirk Bogarde. «Je laissais agir le destin agir pour moi», commentait Marais.
En mémoire de Cocteau
En 1970, ce destin fut royal : Jacques Demy, en hommage à Cocteau, tourne Peau d'âne et c'est très naturellement qu'il confie à Jean Marais le rôle du roi, papa de Peau d'âne-Catherine Deneuve. Il y est somptueux dans la citation vivante et un rien inquiétant dans la gravité qu'il met à son personnage de père incestueux. Il retrouvera Demy en 1985 pour le très inégal Parking. Et c'est dans le même esprit d'hommage-citation que Bernardo Bertolucci lui offre en 1995 son dernier rôle dans Beauté volée, où il incarne un vieux critique d'art excentrique qui dit son fait à la compagnie des humains.
Entre-temps, il y eut quelques bricoles : Lien de parenté, de Willy Rameau (1985), ou les Misérables, de Lelouch (1994). La toute fin de carrière de Jean Marais fut exclusivement consacrée au théâtre et surtout à la conservation fidèle de la mémoire de Jean Cocteau, dont il restait l'infatigable ange protecteur. On le connut aussi tour à tour peintre, céramiste, sculpteur et finalement écrivain pour ses mémoires. S'il incarna au théâtre quelques figures de vieux sage, Jean Marais n'en avait pas moins gardé le tempérament juvénile. En 1986, il nous déclarait : «Ce qui compte pour moi, c'est de m'amuser. ça me plaît, je le fais. ça ne me plaît pas, je ne le fais pas. On dit que l'âge donne de la sagesse, mais la sagesse n'a rien à voir avec le sérieux. Et j'ai pas envie de l'être».
Jean Marais par Jean Cocteau, Calmann-Lévy, 1951 (réédité en 1975).
Source : Gérard Lefort et Olivier Séguret De La Libération.
RÉCOMPENSES :
1993 : César d'Honneur.
Jean Marais : Son fils Serge a mis fin à ses jours
Info rédaction, publiée le 09 mars 2012
C'est une bien triste nouvelle que nous venons d'apprendre. Selon des informations publiées par France Dimanche, le fils de Jean Marais, Serge, s'est suicidé fin février, avec un fusil de chasse. L'acteur qui allait fêter ses 70 ans souffrait de solitude.
Le monde du septième art est en deuil. Serge Villain-Marais, fils adoptif de l'acteur Jean Marais, a mis fin à ses jours en février dernier, à l'aide d'un fusil de chasse. Selon des informations publiées par le magazine France Dimanche, l'acteur luttait depuis plusieurs années dans une bataille juridique autour d'un héritage et souffrait également de solitude et d'épuisement.
Avec beaucoup de sincérité, son meilleur ami, Guy Balensi, s'est laissé aller à quelques confidences sur la descente aux enfers de son ami. Tout d'abord, il évoque son enfance sans père jusqu'en 1963, puis la décision de Jean Marais de le reconnaître. "Il était très heureux d'être devenu son fils, mais ne s'en vantait pas. Serge était pudique", confie Guy Balensi.
A la fin des années 60, Serge tente d'embrasser une carrière de chanteur et d'acteur, principalement dans les films de son père. Il devient ensuite restaurateur, mais multiplie les problèmes financiers. Quelques années plus tard, ses relations avec Jean Marais se détériorent, notamment lorsque l'acteur s'installe dans le sud à Vallauris. "Serge avait un caractère entier, il était très fier. On a volontairement éloigné le fils du père", a ajouté Guy.
Jean Marais se lie d'amitié avec un couple, Joseph et Nicole Pasquali, une période difficile à vivre pour Serge. "Serge a très mal vécu cette période. Il voyait son père s'éloigner petit à petit. Lui qui avait besoin d'être aimé et entouré. Le coup de grâce a été son décès".
Jean Marais décède en 1998 après avoir désigné Nicole Pasquali comme légataire universelle. Un coup dur pour Serge qui ne touche rien. Il se lance alors dans une longue et pénible bataille judiciaire qui prendra fin il y a six mois. Une victoire difficile à digérer. "Depuis qu'il avait touché l'argent qui lui revenait, je pensais qu'il était sauvé (...) Mais il souffrait énormément de la solitude, malgré notre présence. Il vivait seul avec ses quatre chiens dans un pavillon isolé, alors que son seul souhait aurait été de rencontrer une femme et de recréer une famille", a expliqué son meilleur ami.
Source : news-de-stars.com - Fait le 10 mars 2012 par Philippe de CinéMémorial. |