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Hommage à JEAN BOUISE dans un extrait de "COUP DE TÊTE"
fait le 19 DÉCEMBRE 2007
Mise à jour le 11 OCTOBRE 2008 par Philippe de CinéMémorial.
La première chose qui frappe, chez cet acteur exceptionnel, c'est son physique : un visage long, un regard flou de myope, une voix chaude et enrobante... Dès qu'il apparaît, l'écran est pris envahi, devrait-on dire. Jean Bouise est là, présent, impérial. Sa façon de jouer, très souple, très retenue, presque distante, sa façon de se mouvoir, sa diction, sont inimitables. Il est devenu, en quelques années, l'un des tout premiers seconds rôles du cinéma français. Il demandait, en 1979, dans Ciné-Revue : « Pourquoi néglige-t-on les seconds rôles ? ». Les seconds rôles sont-ils vraiment négligés ? Quoi qu'il en soit, nous ne saurons lui répondre mais il est par contre certain que le public, c'est-à-dire le seul vrai juge, ne néglige pas Jean Bouise. Et l'un de ses moindres talents est de plaire autant au public âgé qu'au public plus jeune. C'est sans doute aussi cela, la vraie réussite.
Jean Bouise est né au Havre, le 3 juin 1929. Sa discrétion habituelle ne le porte pas à parler de sa jeunesse. Nous ne pouvons que penser qu'elle se passa calmement, remplie d'espoirs d'adolescent. L'un de ces espoirs était de faire du théâtre ; mais Jean n'appartenait pas au « milieu du show-biz ». Alors, il monta quelques spectacles d'amateur avec des amis, mais, sécurité oblige, il poursuivit ses études (de chimie), à l’École supérieure de Rouen. Pour payer ses études, il devint même pion dans un lycée !
Il n'abandonna pas pour autant son désir de jouer et, parallèlement à ses études, il participa à des stages régionaux d'art dramatique. Quelle que fût la valeur de ces stages, c'est « ainsi qu'il découvrit la pratique d'un métier qui apportait des réponses aux questions (qu'il) se posait ».
À l'issue d'une sélection, il put passer du stage régional au stage national, ce qui lui offrit la possibilité de travailler avec des professionnels. C'est ainsi, qu'indirectement, il entra en contact avec Roger Planchon qu'il vit dans une représentation théâtrale à La Croix-Rousse. Jean Bouise avait vingt ans et cette rencontre marqua pour lui un vrai départ. D'amateur débutant, un peu dilettante, il décida de devenir lui aussi un vrai professionnel. La rencontre avec Planchon fut sans conteste le grand tournant de sa vie : à partir de ce moment, tout alla très vite. Jean, qui n'avait aucune réelle expérience, mises à part ses quelques aventures d'amateur, entra de plain-pied dans le métier dans « la carrière », pourrait-on dire. Le théâtre, puis la radio parachevèrent sa formation. En 1962, il joua à Villeurbanne dans la pièce de Becht Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale, puis, la même année, dans La Vie imaginaire de l'éboueur Auguste Geni, d'Armand Gatti. C'est avec ce dernier qu'il fit ses premiers pas au cinéma, dans L'Autre Cristobal. Cet unique film d'Armand Gatti, réalisé a Cuba, fut présenté au Festival de Cannes de 1963 mais, à notre connaissance, il ne fut pas distribué en salle. L'accueil mitigé que reçut le film n'empêcha pas les critiques de remarquer les interprètes, excellents, et parmi eux Jean Bouise qui tenait l'un des principaux rôles.
Jean venait donc de passer son « baptême du grand écran ». Mais, plus attiré par le théâtre, il fut infidèle au cinéma : moins de cinquante films en vingt-deux ans, c'est peu. Trop peu, diront certains. Toutefois, il faut remarquer qu'il eût la chance et la possibilité de ne tourner qu'avec de grands metteurs en scène : René Allio, Alain Resnais, Costa Gavras, Claude Sautet, André Delvaux, Jacques Rivette, Yves Boisset, Robert Enrico, Joseph Losey, Jean-Jacques Annaud, François Truffaut, etc.
Après une interprétation pittoresque... du capitaine Haddock dans Tintin et les oranges bleues, en 1964, (où il reprenait le rôle que tint Georges Wilson dans Tintin et le mystère de la Toison d'or), Jean Bouise fut engagé par René Allio. Ce dernier, qui avait souvent travaillé comme décorateur pour Planchon, lui proposa un rôle dans son premier film, La Vieille Dame indigne. Aux côtés d'une merveilleuse Sylvie, Jean sut imposer sa personnalité et l'on peut dire que c'est ce film qui le lança réellement. L'année suivante, il tourna dans La guerre est finie, sous la direction d'Alain Resnais et, en 1968, il obtint une consécration grâce à Z de Costa Gavras, dans lequel il interprétait un député soutenant l'action du docteur (Yves Montand). Cet excellent film est d'ailleurs un élément de réponse à ceux qui disent : « Les metteurs en scène ou les scénaristes n'écrivent plus pour les seconds rôles ». Z n'était « qu'un film de seconds rôles » dans la mesure où personne n'avait la vedette. Ces seconds rôles s'appelaient aussi bien Yves Montand, Irène Papas, Jean-Louis Trintignant, Charles Denner, Jacques Perrin, François Périer, Bernard Fresson, Marcel Bozzuffi ou Renato Salvatori que Julien Guiomar, Georges Géret, Maurice Baquet, Clotilde Joanno, Pierre Dux ou... Jean Bouise.
Après l'immense succès critique et public de ce film, Jean eut de nombreuses propositions. Il se servit de cette célébrité nouvellement acquise aussi bien pour tourner dans des films de qualité signés Claude Sautet ou Marcel Bozzuffi, que pour participer à des oeuvres de metteurs en scène plus « confidentiels » : René Allio (Les Camisards), André Delvaux (Rendez-vous à Bray) ou Jacques Rivette (Out 1: spectre). Marqué, si l'on ose dire, comme intellectuel, Jean sut refuser des rôles inintéressants, et il s'attacha à jouer dans des films de qualité qui touchaient aussi le grand public, ces deux données n'étant pas incompatibles, tant s'en faut ! C'est ainsi qu'on le vit dans plusieurs films signés Yves Boisset (L'Attentat, Dupont-Lajoie, le Juge Fayard, dit le shérif, etc.), ainsi que dans des films d'Yves Robert, d'André Cayatte, de Robert Enrico etc.
Pour Jean Bouise, comme pour tant d'autres seconds rôles, le danger était d'être « mis dans une boîte », d'être catalogué : « intellectuel » ou « homme politique » ou « procureur »... Il n'en fut rien car il sut éviter cette ornière dont certains seconds rôles ne parviennent plus à sortir. Et ce ne fut pas là son moindre talent. Il fut aussi convaincant en député dans Z en procureur dans Le Juge Fayard, en médecin dans Le Vieux Fusil, en mari effacé dans Mado qu'en marginal alcoolique dans Sale Rêveur, l'un des films qui le fit découvrir et apprécier par toute une jeune génération. Il fit également quelques télévisions (Ubu, de Jean-Christophe Averty, Un neveu silencieux, de Robert Enrico) et revint au théâtre, son premier amour. On le vit en 1977 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, dans Tartuffe, puis en 1979, au Théâtre du Gymnase, dans No man's land, de Harold Pinter, aux côtés de Michel Bouquet et Guy Tréjean. Tout cela ne l'empêcha pas de continuer à jouer au cinéma et, à partir de 1979, souvent sous la direction de jeunes metteurs en scène : Didier Haudepin, Edouard Niermans, Luc Besson, Patrick Chaput...
La carrière de Jean Bouise a été jusqu'à aujourd'hui exemplaire de qualité, sans erreur de parcours. Le César du meilleur second rôle qu'il obtint en 1980 (pour Coup de tête, de Jean-Jacques Annaud) ne fit que lui offrir une petite couronne supplémentaire... Avec moins de cinquante films, il a réussi à s'imposer au public, à être estimé, attendu... Laissons-le terminer avec cette phrase et cette résolution, qui jusqu'à présent l'on si bien servi : « J'ai exercé d'autres métiers. J'ai fait des chantiers ou du bureau pour ne pas avoir à participer à des entreprises théâtrales que je réprouvais. Si je devais "vivre" d'un cinéma avec lequel je serais en désaccord, je ferais autre chose, en attendant des jours meilleurs. »
Jean Bouise nous a quitté le 06 juin 1989 à l'hôpital Léon-Bérard de Lyon à la suite d'un cancer du poumon à l'âge de 60 ans.
Ce fut un très grand MONSIEUR du cinéma français.
Source : Didier Thouart et Jacques Mazeau. les grands seconds roles du cinéma français. - Mise à jour le 21 janvier 2011 par Philippe de CinéMémorial.
RÉCOMPENSE :
1980 - Pour : COUP DE TÊTE - César du meilleur second rôle - France.
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