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Hommage à JEAN TISSIER dans un extrait du film "Les Inconnus dans la maison"
Fait le 17 juillet 2008 par Philippe de CinéMémorial.
Jean Tissier fait partie de ces acteurs qu'il est impossible de ne pas connaître : qui, en effet, n'a vu au moins une dizaine de ses deux cent vingt ou deux cent trente films ? Il est également un cas un peu à part dans le monde des seconds rôles, dans la mesure où il est l'un des rares à n'avoir jamais tourné, au cours de sa longue et prolifique carrière, avec les grands metteurs en scène du cinéma français d'avant guerre : Jean Renoir, Abel Gance, Julien Duvivier, Jacques Feyder, René Clair, etc. A l'inverse, sa carrière semble avoir été dirigée, à 90 % par les pires tâcherons des années trente, quarante et cinquante ! Et pourtant, malgré cette abondance de films d'une rare nullité, Jean Tissier sut se faire un nom, se créer une personnalité et entrer dans le « club » des seconds rôles les plus célèbres et les plus appréciés du public.
Il est né le ter avril 1896, à Paris, avenue Mac-Mahon. Très jeune, il perdit son père et c'est sa mère qui l'éleva. Cette dernière, fascinée par le théâtre, communiqua sa passion à son fils. Après de bonnes études au lycée Janson-de-Sailly, Jean se dirigea vers une carrière théâtrale. Il essuya quelques refus et quelques échecs avant d'obtenir enfin un petit rôle, aux côtés de Réjane, dans Madame Sans-Gêne. Il avait déjà un peu oublié son premier amour, le journalisme, et savait qu'il avait enfin trouvé sa voie. Et ce jeune homme alerte et vif contrairement à l'image qu'il donnait de lui dans ses films n'allait plus cessé
Il eut l'occasion de jouer un grand nombre de rôles : paysan, trafiquant de drogue, châtelain, vieux beau, fakir, amant (... de Bornéo) et même... bonne soeur ! Mais il fut si mal utilisé, si mal employé ! A lui qui rêvait de rôle dramatiques (souvenons-nous qu'il fut un magnifique Polonius dans Hamlet, en 1935), on confia trop de rôles stéréotypés, sans ambiguïté, sans relief en un mot, de rôles inintéressants. Et, de Jean de Marguenat à Pierre Ramelot, de Maurice Cloche à Jean de Limur, de René Jayet à Albert Valentin, de Maurice Cammage à Jean Stelli, d'André Cerf à Emile Couzinet, d'Alfred Rode à Maurice Labro, de Jean Loubignac à Jean Laviron, de Jean Boyer à Pierre Chevalier, etc., il passa entre « les mains » de tous les réalisateurs les moins doués de leur génération ! Jean Tissier sut toutefois imposer son flegme, sa nonchalance que certains qualifient de mollesse au travers des deux cent dix ou deux cent vingt « nanars » qu'il tourna... Tout comme ce fut le cas pour Jules Berry, sa passion, connue et publique, du « casino » fut-elle pour quelque chose dans le choix des rôles qu'il accepta ?
De ces kilomètres de pellicule, que reste-t-il aujourd'hui ? Une douzaine de bons films : L'Affaire du courrier de Lyon, de Claude Autant-Lara et Maurice Lehmann, Le Puritain, de Jeff Musso (un film malheureusement trop oublié), Le Dernier des six, de Georges Lacombe et Les Inconnus dans la maison, d'Henri Decoin (tous deux superbement adaptés par Henri-Georges Clouzot), L'assassin habite au 21, de Clouzot (dans lequel Jean Tissier, entouré de Pierre Larquey et Noël Roquevert, fit une de ses plus remarquables compositions), Les Godelureaux, de Claude Chabrol et La Veuve Couderc, de Pierre Granier-Deferre. Sans oublier, bien entendu, les deux grandes fresques de Sacha Guitry (Si Versailles m'était conté et Si Paris nous était conté) et les trois films de Jean-Pierre Mocky (Snobs, Les Vierges et Un drôle de paroissien). Jean fit également deux très bonnes compositions dans Picpus, de Richard Pottier, et dans Notre-Dame de Paris, de Jean Delannoy, où il fut un Louis XI très convaincant. C'est tout ! C'est peu !
Frappé d'hémiplégie, Jean Tissier fut soigné au Centre de Réadaptation fonctionnelle, de Granville. Puis, après être tombé dans la misère, il fut secouru par « La Roue Tourne », l'association qu'avait créée son ami Paul Azaïs. Jean mourut la veille de ses 77 ans, le 31 mars 1973. Son premier films s'intitulait Le monde où l'on s'ennuie et son dernier... Sex-shop ! Peut-être faut-il voir là une preuve de l'humour de cet acteur doué mais que très peu de réalisateurs surent utiliser. Mais n'est-ce pas là le problème de bon nombre de seconds rôles ? Et aussi une réponse à tous ceux qui, aujourd'hui, répètent : « Ah, dans les années trente et quarante, on écrivait pour les seconds rôles... ! »
Source : Didier Thouart et Jacques Mazeau. les grands seconds roles du cinéma français. |