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Éloigné des feux de la rampe depuis une dizaine d'années par la maladie, François Périer, qui vient de mourir à l'âge de 82 ans, fut pendant un demi-siècle un des grands comédiens français principalement au théâtre mais aussi au cinéma, qui pourtant refusait le statut de star et d'acteur. " Je tiens cette distinction, disait-il, de mon maître André Brunot: le comédien disparaît derrière le rôle, alors que l'acteur laisse toujours transparaître sa personnalité. Toutes les grandes stars sont des acteurs et non des comédiens".
Tout François Périer (de son vrai nom Pillu) était dans ces réflexions de parfait honnête homme qu'il est resté, avec son physique d'éternel jeune homme (né à Paris le 12 novembre 1919), à la mèche toujours prête à tomber sur le front. Et pourtant quelle existence et quelle carrière, de la fin des années 30 au début des années 90: trente-quatre pièces de théâtre, aussi bien du boulevard que signées Molière, Pirandello, Sartre, Shaffer, Anouilh, Félicien Marceau, ou Miller, interprétées ou mises en scène, quelque dix mille représentations et une centaine de films avec les plus grands réalisateurs, de Marcel Carné dans Hôtel du nord dès 1938 à Claude Chabrol (Madame Bovary, dans le rôle du narrateur) en 1990.
Une existence marquée par la rencontre avec deux personnalités, Louis Jouvet et Jean-Paul Sartre, qui marquèrent François Périer pour la vie. Et pourtant le premier contact avec le comédien et metteur en scène Louis Jouvet, qu'il avait osé contester avant un examen au Conservatoire, avait été houleux. Mais son aîné ne lui en avait pas voulu et lui accorda même son amitié jusqu'à sa mort en 1951. En 1946, un film de Christian Jaque, Le revenant, avait réuni l'élève et le maître.
" Si Jouvet a été mon maître à jouer, Jean-Paul Sartre fut mon maître à vivre..." affirmait-il. " C'est en l'approchant, ajoutait-il, que j'ai découvert qu'il était beaucoup plus qu'un écrivain engagé, mais une lumière auprès de laquelle on avait envie de se réchauffer. Chaque fois que je devais prendre une décision importante, je me demandais ce qu'il en penserait et depuis sa mort je me pose toujours la question: il n'est jamais étranger à mon comportement vis à vis des événements".
Il attacha son nom à trois pièces à succès de l'écrivain-philosophe qu'il joua ou mis en scène, Les mains sales, Le diable et le bon dieu et Les séquestrés d'Altona. Cet engagement au service d'un théâtre d'idées ne l'empêcha pas de créer et de jouer au Boulevard de désopilantes comédies, les plus fameuses ayant été Gog et Magog de Mac Dougall, adaptée par Gabriel Arout et surtout Bobosse d'André Roussin avec plus de mille représentations, son talent lui permettant de s'adapter à tous les styles.
Au cinéma, sa contribution fut abondante, mais plus inégale. En revanche, il y avait un univers qu'il appréciait: c'était celui de la radio. Il était sensible à la possibilité qu'elle offrait d'évoquer, disait-il, par le seul pouvoir de la voix, des scènes, des paysages, des atmosphères ou des drames. En plus, pour lui ce médium " était une opportunité de jouer des rôles que mon physique m'interdisait sur un scène ". Lucide il remarquait: " Je n'ai pas la gueule de l'emploi pour jouer Britannicus, Néron, Dom Juan ou Lorenzaccio, mais j'ai pourtant eu la joie d'interpréter ces grands rôles tragiques au théâtre radiodiffusé ".
François Perier devait d'ailleurs élargir son public d'admirateurs en interprétant sur Europe 1 un feuilleton policier, L'inspecteur François, qui connut un succès populaire.
La vie de François Périer fut aussi riche que sa carrière. C'était un grand acteur et un homme de cœur que l'on n'oubliera pas, tant dans le monde du cinéma que dans sa ville d'origine, Paris.
Source : La Dernière heure - refait le 16 juillet 2011 par Philippe de CinéMémorial.
SES RÉCOMPENSES :
1988 - Molière d'honneur.
1957 - Pour : GERVAISE - BAFTA - Meilleur acteur étranger - The British academy of film and television arts, Royaume-Uni.
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