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Hommage à DELPHINE SEYRIG
Mise à jour le 11 octobre 2008 par Philippe de Cinémémorial.
Naturellement singulière.
Avec elle, mots et phrases coulent comme un breuvage magique, à l'encontre de toute règle.
Attirée, très jeune, par les arts et la littérature modernes, Delphine Seyrig a vingt ans quand elle joue au Centre de l'Est. À Paris, en 1952, elle passe furtivement au théâtre du Quartier-Latin et se fait remarquer dans la "gracile petite nymphe" d'une fantaisie argotique de Pierre Devaux, Le Jardin du roi. En 1954, au Centre de Saint-Étienne, avec Dasté, gendre de Copeau, elle interprète notamment Giraudoux, qu'elle proposera aux New-Yorkais en 1956. De retour en France, à partir de 1960, elle évolue dans des théâtres de création, avec des metteurs en scène tels que Sacha Pitoëff, Barsacq. A partir de 1964, elle n'aborde plus que les auteurs contemporains: Beckett (Comédie), puis, sous la direction de Claude Régy, Pinter, Saunders, Stoppard, Arrabal, Handke, Cixous... Elle déplace un public plus important dans deux œuvres à deux personnages : L'Aide-mémoire, de Jean-Claude Carrière, avec Henri Garcin (1968), et Sarah et le cri de la langouste, de John Murrell, avec Jacques Dufilho (1982-1984). Fin 1984, elle interprète avec sa nièce Coralie Letters Home, de R.L. Goldenberg.
En 1960, l'événement que constitue L'Année dernière à Marienbad, de Resnais et Robbe-Grillet, place Delphine Seyrig au premier rang des actrices de cinéma, avec d'autant plus de mérite que le film (comme Muriel, en 1962) n'est pas des plus aisés à décrypter. Seyrig répond ensuite aux offres de Duras, Seban, Bunuel, Truffaut (Baiisers volés, 1968), Losey (Doll's House, 1973) et de plusieurs réalisatrices, car, déclare-t-elle en 1985: "Depuis 1975, pas un réalisateur ne m'a proposé quelque chose d'intéressant.
Irréaliste ... Imprévisible :
En plus d'une harmonie gestuelle friande de ralentis, la personnalité de cette disciple de Strasberg repose beaucoup sur sa voix. Dans Outside, papiers d'un jour (1981), Marguerite Duras imagine l'actrice cherchant à se décrire: " On dit que j'ai une drôle de façon de parler, c'est bien vrai, j'ai une drôle de façon de parler, mais c'est ma façon de parler dans la vie. Comme quelqu'un qui vient d'apprendre le français, qui aurait des dispositions fantastiques pour le français mais qui n'en aurait aucune habitude et qui éprouverait un plaisir extrême, physique, à le parler. On dirait qu'elle vient de finir de manger un fruit, que sa bouche en est encore tout humectée et que c'est dans cette fraîcheur douce, aigre, verte, estivale, que les mots se forment, et les phrases, et les discours, et qu'ils nous arrivent dans un rajeunissement unique... Cette voix irréaliste, cette ponctuation absolument imprévisible et qui va à l'encontre de toute règle, c'est aussi Delphine Seyrig...
Elle n'avait que 58 ans quand un cancer du poumon lui arracha la vie.
Elle voulut être Incinérée dans la plus stricte intimité, ce qui fut le cas.
Delphine nous manque encore énormément aujourd'hui.
SES RÉCOMPENSES :
1990 - Pour : UNE SAISON DE FEUILLES (Téléfilm) - Prix du 7 d'Or - Meilleure actrice, Paris, France.
1963 - Pour : MURIEL OU LE TEMPS D'UN RETOUR - Prix de la coupe Volpi - Meilleure Actrice, Venise, Italie.
1974 - Et une nomination pour CHACAL - prix Bafta - Meilleure second rôle féminin, Royaume-Uni.
Plus trois nominations pour un César, en 1976, 1978 et 1981.
Source : Didier Thouart et Jacques Mazeau. les grands seconds rôles du cinéma français - Fait le 23 février 2011 par Philippe de CinéMémorial. |