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Il avait tourné avec tout ce que le cinéma italien comptait de beaux acteurs et aimait aussi, l'époque le voulait, faire travailler les jeunes premiers français des années 60 (Christian Marquand, Jean Sorel, Jean-Claude Brialy). On ne l'oubliait pas. Mais, né le 3 novembre 1914, il s'était retiré des plateaux il y a une bonne vingtaine d'années. Il s'est éteint hier matin dans sa maison de campagne, non loin de la capitale. Ses obsèques seront célébrées demain, en l'église des Artistes de la place du Peuple à Rome.
Alberto Lattuada était d'abord un homme de culture. Fils de Felice Lattuada, compositeur sensible, il avait très tôt été engagé dans le monde de l'art, rédigeant des articles pour un journal d'avant-garde, Camminare, dès ses années de lycée. Ce cinéaste virtuose dans l'art de traduire en images le secret des coeurs, les pulsions contradictoires, avait d'abord fait des études d'architecture et c'est comme décorateur qu'il fit ses débuts dans le septième art avec Cuore revalatore de Mondadori et Vita avant d'être conseiller pour le premier long-métrage réalisé en couleurs. On est avant la guerre. Et Lattuada continue d'écrire.
C'est en pleine occupation nazie, en 1943, qu'il va tourner à Rome son premier film, Giacomo l'idéaliste, d'après le roman d'Emilio De Marchi. Il fait alors preuve d'une capacité d'analyse méticuleuse et très personnelle, utilisant notamment la calligraphie pour des effets très étranges, méthode qui lui permet aussi de braver la censure...
A la libération, il se tourne vers le néoréalisme avec notamment Le Bandit (1946), «cri de révolte asocial», dit-il, et Sans pitié (1948), chronique sombre de l'Italie d'après-guerre. Dans le Mulino del Po (1949), il dénonce la condition sociale des paysans de la plaine du Pô. Luci del varietà, tourné en 1951 avec Fellini, critiquait le monde du spectacle avec ironie, mais fut un échec commercial qui faillit le ruiner. Avec Il cappotto (1952) et La spiaggia (1953), il prend ses distances avec le néoréalisme, sans cesser de dénoncer de manière acerbe l'hypocrisie d'une certaine bourgeoisie, ce qui lui vaut une interpellation parlementaire de la démocratie chrétienne.
Découvreur de jeunes talents, il a mis en scène Giuletta Masina, Martine Carol, Jacqueline Sassard (qui incarne une jeune fille de 15 ans mélancolique et romantique dans Guendalina, 1957), Catherine Spaak (Il dolci Inganni, 1970). Puis, dans les années 70, Therese-Ann Savoy, Nastassja Kinski, Dalila Di Lazzaro, Clio Goldsmith.
Eclectique, il passe avec désinvolture du film policier (L'Impreviso en 1961, Il mafioso en 1962), aux comédies ironiques (Don Giovanni in Sicilia, 1967 - Venga a prendere un caffé da noi, 1970) et jusqu'au film de guerre (Fraulein Doktor, 1969).
En 1978, Cosi come sel (La Fille) réunit Mastroianni, Nastassja Kinski, Francisco Rabal en une troublante histoire tandis que La Cigala, en 1980, mélodrame singulier, donne à Virna Lisi un rôle superbe.
Sur le tard de sa vie, il tourna des épisodes de Christophe Colomb pour la RAI. Il aimait l'Histoire, la pensée, et avait donné une traduction cinématographique de La Mandragore de Machiavel en 1965.
Source : Le Figaro
SES RÉCOMPENSES
1994 - Prix Franco Cristaldi - Pour sa prestigieuse carrière cinématographique - Prix David di Donatello, Italie.
1993 - Prix pour sa carrière au cinéma - Prix International Flaiano de Pescara, Italie.
1984 - Prix Pietro Bianchi - Festival du cinéma de Venise, Italie.
1982 - Spécial David - David di Donatello, Italie.
1977 - Médaille d’Or - Ministère du Tourisme - Prix David di Donatello, Italie.
1971 - Pour : Venez donc prendre le café chez nous - Ruban d’Argent - Meilleur scénario par le syndicat national italien des journalistes de cinéma, Italie.
1963 - Pour : Mafioso - Coquille d’Or - Festival international du cinéma de San Sebastian, Espagne.
1961 - Pour : L’imprévu - Prix San Sebastian - Meilleur réalisateur - Festival international du cinéma de San Sebastián, Espagne.
1958 - Pour : Guendalina - Ruban d’Argent - Meilleur scénario - Syndicat national italien des journalistes de cinéma, Italie.
1948 - Pour : Le crime de Giovanni Episcopo - Ruban d’Argent - Meilleur réalisateur - Syndicat national italien des journalistes de cinéma, Italie.
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