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Il a toujours accordé au public ce que celui-ci attendait de lui : le chic britannique et l'esprit français.
C'est à Londres qu'il fait ses études et apprend l'élégance. Quant au métier d'acteur, il y est porté par une brillante hérédité. Aussi n'est-il pas consterné lorsque, revenu en France, il se fait renvoyer du Conservatoire pour mauvaises fréquentations : plateaux de cinéma et revues boulevardières. Il travaille déjà beaucoup lorsqu'il est mobilisé.
Après la guerre, c'est surtout le théâtre qu'il fréquente, avec un tel brio que la Comédie Française, en 1925, le sollicite. Pour un produit élaboré in Great Britain, ce n'est sûrement pas l'idéal. Il y reste tout de même quatre ans, jusqu'à ce que Jaccques Feyder l'appelle à Hollywood pour Le Spectre vert (1929) et Si l'Empereur savait ça, son premier "parlant" (1930). Le séjour dure trois ans, avec un réel succès, mais Luguet retrouve avec joie les planches parisiennes. En 1936, il a Gaby Morlay comme partenaire dans Les Amants terribles, de Noël Coward. Au cinéma, son palmarès n'est guère brillant, au moins sur le plan de la qualité, si l'on excepte Battement de cœur, de Decoin, avec Darrieux, en 1939, et Jeunes Filles en détresse, de Pabst, en 1940.
Il lui faudra attendre la cinquantaine pour prendre à son compte les emplois à la William Powell ou Melvyn Douglas dont le public est alors privé. Citons : en 1942, L'Honorable Catherine, de L'Herbier, avec Feuillère, et L'Inévitable M. Dubois (Billon) ; en 1944, Florence est folle (Lacombe). Mais c'est en 1941 qu'il avait marqué un nostalgique tournant dans sa carrière, avec ce colonel grisonnant piégé par une ravissante donzelle dans Le Mariage de Chiffon (Autant Lara). Après la guerre, au cinéma, Luguet joue Luguet : on ne lui demande pas autre chose. Une exception : Louis XV, dans Madame du Barry, de Christian Jaque et H. Jeanson (1954). Sinon, il consacre sa tendresse et sa dignité à la scène, se risquant même parfois à un total changement d'emploi, comme, en 1948, dans Les Mains sales, de Sartre. En 1972, il se retire, fort honorablement.
Pas plus qu'une poussière de comète :
"Brun, malicieux, finement moustachu, Luguet est le prototype de l'acteur de Boulevard aux audaces tempérées par le doigté anglais. Seule, cette forme de théâtre, avec un répertoire strictement taillé pour les comédiens, permet au descendant de funambules de jongler avec les mots et les trucs. Le cinéma n'en est que le prolongement : "Au cinéma, dit-il, les étoiles naissent, brillent et meurent à un rythme encore plus accéléré qu'au théâtre et l'on n'accorde pas à leur fragile scintillement plus de survie qu'au passage dans le ciel d'une poussière de comète."
Source : Didier Thouart et Jacques Mazeau. les grands seconds rôles du cinéma français. - Fait le 07 mars
2011 par Philippe de CinéMémorial.
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